Neuf maisons américaines sur dix sont construites en bois. Pour un Européen habitué au béton, à la pierre ou à la brique, ce choix surprend. Pourtant, il s’explique par une combinaison de facteurs historiques, économiques et pratiques qui se renforcent mutuellement depuis des siècles.
Une histoire de forêts et de pionniers
Tout commence avec les premiers colons britanniques qui débarquent en Amérique du Nord à la fin du XVIe siècle. Ils trouvent devant eux un continent couvert de forêts immenses. Le bois est là, partout, gratuit ou presque, facile à couper et à façonner. Pour construire vite et bien, le choix s’impose de lui-même.
Cette habitude ne disparaît pas avec le temps. Au XXe siècle, des entreprises comme Sears, Roebuck and Co. popularisent les maisons préfabriquées en bois livrées en kit, rendant l’accession à la propriété plus accessible pour des millions de familles. Le bois devient alors indissociable du rêve américain.
Aujourd’hui encore, les forêts couvrent 8,5 % du territoire américain, soit environ 800 000 km², l’équivalent de 1,5 fois la France métropolitaine. Des États comme Washington, l’Oregon ou le Maine ont fait de la production forestière un pilier économique.
Le bois, un choix avant tout économique
La proximité des ressources réduit les coûts de transport. Selon l’association nationale des constructeurs américains (NAHB), construire en bois coûte 15 à 30 % moins cher qu’opter pour du béton ou de l’acier. Sur le prix d’une maison à 400 000 dollars, l’écart peut atteindre 100 000 dollars.
L’industrie forestière pèse également sur la politique locale. Dans plusieurs États, des programmes soutiennent explicitement l’utilisation du bois, via des subventions ou des crédits d’impôt. Certains États appliquent même des taxes plus élevées sur les maisons construites dans d’autres matériaux. Les compagnies d’assurance, quant à elles, n’accordent aucune réduction de prime pour les maisons en béton ou en acier, même dans les zones sujettes aux incendies.
Rapide à construire, facile à adapter
Pourquoi 9 maisons américaines sur 10 sont en bois
| Facteur | Explication |
|---|---|
| Forêts abondantes | Continent couvert de forêts dès l’arrivée des colons — bois partout, gratuit ou presque |
| Coût et rapidité | Construction plus rapide et moins chère que pierre ou béton |
| Facilité d’adaptation | Modifications, extensions et rénovations simples |
| Part de marché actuelle | 9 maisons sur 10 construites en bois aux États-Unis |
Une maison en bois se construit trois à cinq fois plus vite qu’une maison en béton. Dans une société où les familles américaines déménagent en moyenne tous les cinq à sept ans, cette vitesse d’exécution répond à une demande permanente de logements.
Le bois est aussi plus léger et plus simple à travailler que l’acier ou le béton. Les artisans sont formés pour ce matériau depuis des générations et reconvertir toute une industrie du BTP vers d’autres matériaux supposerait des décennies de transition. Sans compter les milliers d’emplois directs dans les scieries et les chantiers qui en dépendent.
Sur le plan thermique, le bois conduit la chaleur 400 fois moins vite que l’acier et 15 fois moins vite que le béton. Les maisons en ossature bois sont naturellement bien isolées, ce qui réduit les factures énergétiques en hiver comme en été.
Solide, isolant… mais inflammable ?
Les incendies de Los Angeles en janvier 2025 ont remis la question sur la table. Des quartiers entiers partis en fumée, des milliers de maisons en bois réduites en cendres. Le paradoxe est réel : le matériau qui a bâti l’Amérique est aussi celui qui brûle le plus facilement.
Pour autant, certaines idées reçues méritent d’être nuancées. Le bois transmet la chaleur 12 fois moins vite que le béton et résiste mieux aux séismes grâce à sa flexibilité, ce qui explique son hégémonie en Californie malgré la zone sismique. Les normes de construction évoluent aussi : produits ignifuges, sprinklers obligatoires, renforts parasismiques ou anti-tornades selon les États.
Les alternatives progressent lentement. Les maisons à ossature béton représentent désormais 10 % du marché américain, contre 5 % en 2009. Après les incendies californiens de 2020, certains propriétaires ont opté pour des reconstructions en acier. Mais reconstruire en bois reste moins cher et les assurances remboursent souvent davantage quand la reconstruction est rapide. La logique économique reprend toujours le dessus.







